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2012-2013

Lycée La Salle Maison Blanche

Découverte Médicinale au lycée

Plantes endémiques

Le 11 juillet 2013

Un projet scolaire de biologie a permis à des élèves de seconde du lycée Maison-Blanche, au Guillaume, de mettre en évidence que les fruits du benjoins sont plus efficaces que le bois dans leur action bactéricide. Une découverte qui pourrait épargner aux arbres un écorçage catastrophique.

Un pied de benjoin multicentenaire. Il n’en reste que quelques dizaines dans la nature. (Photo CBNM)

Rarement, un lycéen a l’occasion de faire une découverte scientifique. C’est pourtant ce que les élèves de seconde de Maison-Blanche, au Guillaume, ont réalisé. Ils ont prouvé que les fruits et les feuilles du benjoin, arbre endémique en danger critique d’extinction, sont plus efficaces pour son action bactéricide que l’écorce habituellement utilisée par les tisaneurs. Ils ont également démontré par le même procédé et pour le même usage que le bois d’arnette est quasiment aussi efficace qu’un antibiotique.

Ceux qui ont choisi l’option MPS ont au long de l’année un travail qui regroupe mathématiques, physique et sciences. Le but d’Estelle Austruy, professeur de biologie, était de réaliser avec ses élèves une crème bactéricide à base de plantes. « C’est un projet qui me tenait à cœur depuis longtemps, mais trop scientifique pour l’Education nationale. J’ai cette fois eu le soutien de mon inspecteur », indique l’enseignante qui a été chercheur à l’Inserm pendant sept ans avant d’embrasser la carrière professorale. Outre démontrer le pouvoir des plantes, Estelle Austruy voulait sensibiliser ses deux classes au patrimoine biologique de l’île. La première étape a été, grâce à l’APN (association des amis des plantes et de la nature), la plantation d’espèces endémiques dans l’enceinte du lycée tout neuf.

La seconde : faire appel à un tisaneur, François Tibère a accepté le challenge. « Les enfants ne savaient même pas qu’il pousse sur leur île des plantes uniques au monde. Ni que certaines ont le pouvoir de guérir, raconte le Saint-Paulois. Ils ont tout de suite été touchés, notamment ceux qui ont vécu le chikungunya, de savoir que parfois les plantes sont efficaces là où la pharmacie trouve ses limites ».

Ouvrir la voie

à une utilisation médicamenteuse

Trois plantes réputées par la pharmacopée traditionnelle ont été utilisées : le géranium rosat (tiges et feuilles), le benjoin (le bois, l’écorce, les feuilles et les fruits) et le bois d’arnette (le bois et les feuilles). Alors que le bois d’arnette égale presque l’antibiotique dans cette expérience de laboratoire, la découverte des élèves de seconde permettrait de sauver d’un écorçage sauvage et d’une mort annoncée bon nombre de pieds de benjoin. Les feuilles et a fortiori les fruits sont plus efficaces que l’écorce. « A l’arrivée de l’homme, le benjoin couvrait une large répartition. C’est le plus grand arbre gui existait, certains atteignent un millier d’années », témoigné Luc Gigor, directeur scientifique du conservatoire de Mascarin et spécialiste des plantes endémiques. « De très nombreux pieds ont été abîmés par prélèvement de l’écorce », dit-il encore.

Estelle Austruy ne s’attendait pas à avoir un résultat aussi spectaculaire. Ses élèves, eux aussi, sont enthousiastes. Une telle découverte pourrait en effet ouvrir la voie à une utilisation médicamenteuse. Si depuis toujours nos ancêtres utilisent les, plantes qui guérissent, l’industrie pharmaceutique, peut-être un jour, s’intéressera à leur pouvoir.

Philippe NANPON

Avec ses élèves et grâce au tisaneur François Tibère, Estelle Austruy a démontré que les fruits du benjoin sont plus efficaces que son écorce. (Photo PhN)

Le Bois d’arnette concurrence l’antibiotique

Estelle Austruy n’en revient pas. Elle s’attendait bien sûr à ce que l’expérience soit un suc­cès, mais, pas à ce point. Scien­tifique avertie, son esprit carté­sien peine à admettre que l’ac­tion bactéricide du bois d’arnette puisse égaler celle d’un antibiotique. Le protocole prévoyait quatre méthodes d’extraction différentes (*), ex­tractions réalisées en cours de physique. En mathématiques, les élèves traiteront les résul­tats.

Premier à être testé, le géra­nium s’est vite montré déce­vant. « Ça dépend de sa qualité, de l’endroit où il a été récolté », rectifie François Tibère, sûr de lui. En revanche, les cultures bactériennes disparaissent au­tour des confettis de papier imbibés d’extraits de benjoin comme autour de l’ampicilline (l’antibiotique témoin). L’au­réole d’inhibition mesure 7 mm avec l’antibiotique, 1 à 2 avec la macération éthanoïque d’é­corce, 1 à 3 de feuille et 2 a 4 de fruit avec E. coli. Sur B. mega-terium, l’auréole passe respecti­vement à 7 mm, 1 à 3 mm, 3 à 5mm et 3 à 6mm. « Pourquoi alors continuer à utiliser Yé-corce - pratique qui tue les arbres - alors que le fruit est deux à trois fois plus efficace », interroge Estelle Austruy. « Il faut diffuser cette découverte, ça peut aider à la protection des arbres », s’enthousiasme la jeune femme. François Tibère, lui, a pris bonne note.

Le résultat de l’expérience sur le bois d’arnette est encore plus étonnant. Sur le B. mega-terium, la macération étha­noïque est quasiment aussi effi­cace que l’antibiotique : 6 mm d’auréole d’inhibition. « La con­centration en extrait de plante est pourtant très faible », re—marque l’enseignante.

PhN

(*) Distillations hydraulique et étha­noïque, décoction hydraulique et ma­cération éthanoïque.

Voir en ligne : Source : http://lequotidien.re